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vendredi 21 mai 2010

Je suis une île et j'ai faim / Anne So à l'Air Libre !

FLORA DIGUET MONIQUE LUCAS VÉRONIQUE NORDEY ANNE-SOPHIE STERCK
Véronique Nordey, Flora Diguet, Monique Lucas, Anne-Sophie Sterck, Charline Grand, Juliette Pourquery de Boisserin, Je suis une île et j'ai faim
de JULIETTE POURQUERY DE BOISSERIN
mise en scène par CHARLINE GRAND
production LUMIÈRE D’AOÛT

X 31 mai 2010 X l’Aire Libre/Saint-Jacques de la Lande
X Présentation d'une maquette


X PRÉSENTATION

Il n'y a rien d'exceptionnel, juste des situations simples, classiques : femmes trompées, femmes abandonnées mais femmes fantasmant alors que leur vie est plate, sans relief. Et c'est peut être ça le coeur de ce projet : comment vit-on dans le plat, le raisonnable ?

Du texte et des femmes

À partir de récits de Juliette Pourquery de Boisserin, nous construirons des îles, qui développeront chacune son propre « je » intime. L’idée d’île évoque la solitude, mais aussi la spécificité de chaque individu. Chaque récit porte une voix de femme ayant faim de dire et de se dire, de partager sa vie, des sensations de sa chair, dans un élan des textes qui confine souvent à la confidence.

Ces récits (
Une lettre ou comment mettre en scène un sexe féminin, Le poids, ainsi que divers passages du roman Bord occidental et de la pièce Les Insulaires) cherchent à nommer le plus précisément possible des sensations, des ressentis, à nommer dans un grand souci du détail amplifié. Ce projet est né du désir de faire entendre ces voix spécifiques. Nous voudrions voir comment du particulier, du précis, du détail, on arrive à quelque chose d’universel et de partageable.

L'auteur, la metteur en scène : sources

« Mes récits déroulent des traversées de souffrances intimes de personnages qui cherchent à dépasser l’état de simple survie. Comment dévider certaines souffrances humaines, comment les explorer sous l’angle aigu de la littérature ? sans étouffement ni tragédie ? Cet angle de la littérature comme un coin, permet d’éclater le sentiment trop systématique d’immobilité, de définitif des situations humaines. La fiction littéraire, mieux que tout autre procédé, donne l’infinie liberté de détailler, d’analyser l’intimité humaine.

La fiction donne aussi cette possibilité de créer et d’entrevoir des solutions, des changements, des clartés : notre travail part de ce postulat. Comment redonner confiance et vitalité aux corps féminins malmenés par l’ « hypermodernité » ? Là où la société semble tout mettre en oeuvre pour désincarner ses membres, comment redonner corps à la voix intime de l’individu, rendu responsable de lui-même. »

JULIETTE POURQUERY DE BOISSERIN


« C'est une écriture du constat. Mais un constat très précis, très détaillé. Une analyse de l'intimité très franche, violente par moment mais toujours délicate.

Il n'y a rien d'exceptionnel, juste des situations simples, classiques : femmes trompées, femmes abandonnées mais femmes fantasmant alors que leur vie est plate sans relief. Et c'est peut être ça le coeur de ce projet : comment vit-on dans le plat, le raisonnable ? Peut-on être une héroïne dans la plus grande banalité ? Si le cadre de nos vies est fade, tiède, Juliette Pourquery de Boisserin nous propose de
zoomer pour trouver une alternative. Le détail transforme la vision du monde.
L'envie de ce projet part d'un désir d'actrice. Le mien. Après plusieurs lectures des textes de Juliette Pourquery de Boisserin, j'avais envie de vivre ses mots, de les manger, de les avoir dans le corps. En juin 2008, j'ai participé au projet de Lumière d'août Ciel dans la nuit qui était une nuit de performances autour de l'aéroport de Saint-Jacques de La Lande. J'ai présenté La chambre du sang de Juliette Pourquery de Boisserin. Je me suis mise dans le corps, juste pour une nuit, 40 minutes de ces mots. J'avais besoin d'éprouver son écriture.

Après cette expérience j'ai ressenti la nécessité d'entendre cette langue par d'autres corps et notamment celui de l'auteur pour voir comment ça se passait chez elle... de quelle énergie brûlait-elle ? J'ai été surprise par sa souplesse, sa fluidité et surtout l'humour qu'elle dégageait. Nous avons réfléchi à l'enjeu de cette écriture sur un plateau de théâtre. Instinctivement, j'ai eu envie d'écouter. J'avais besoin de me laisser faire par les mots, et aussi par d'autres corps. Comme si de rien n'était, je me suis retrouvée à la place de celle qui regarde. Mes rêves de plateau pour les textes de Juliette Pourquery de Boisserin se sont transformés. Eux aussi sont devenus plus préc
is. »

CHARLINE GRAND


Pistes de travail

Je vois quatre femmes et deux âges. La maturité et la sortie de l'adolescence.

Je veux voir ces femmes se rencontrer sur le plateau, se regarder, se scruter, se demander quelles femmes elles seront ou ont été en se regardant l'une l'autre. Qu'elles prennent la parole, la volent à l'autre, là où on ne s'y attend pas.

Déplacer les conventions féminines de chacune, à travers les textes de Juliette.

Sortir de chacune d'elles les pulsions animales et les rêves de jeunes filles.

Quatre princesses mais aussi quatre chiennes.

Annuler les âges et trouver une « essence » féminine.

Un diptyque pour se rapprocher du roman. Entre deux chapitres, il faut une respiration.

Un diptyque pour justement travailler la pause. En faire un moment.

Un diptyque pour la thèse et l'antithèse. Pour la vérité et son mensonge. Pour développer deux axes. Deux formes qui prennent leur sens en étant côte à côte.

Un diptyque pour déplacer l'écoute du spectateur, créer de la surprise en changeant complètement d'univers dans une deuxième partie, ou justement en ne changeant rien à première vue.

Jouer sur le tout petit détail qui ouvre finalement une autre porte, perturbe tout ce qu'on croyait acquis de la première partie.

Voilà les pistes.

CHARLINE GRAND

X EXTRAITS

Je préférerais passer ma vie à attendre les retours d’un bateau de pêche plutôt que vivre ce que je vis. L’épouse qui n’a plus son mari dans la tour. Du jour au lendemain et se sent perdue. Le poids de mon corps perdu. La musique joue toute seule, les voisins font du bruit tous seuls. L’autre corps n’est plus là pour absorber sa part du monde qui entoure, qui nous entourait. Les enfants se sont tu, chacun dans leur lit, une nuit de tempête. J’attendrais, seule dans la cuisine, devant du café qui refroidit, des nouvelles de la mer. J’écouterais les bourrasques et je penserais à la taille des vagues et je me précipiterais dans la maison d’à côté pour savoir ce que les autres disent de l’état du temps. Sans nouvelle du bateau de pêche, l’attente est rude, dans la cuisine, et je m’endors un peu, à même la table. Un frisson de froid dans le dos me réveille en sursaut et c’est le jour. Le enfants dorment. J’irais, avec les autres femmes, courir vers le port pour guetter le bateau. L’angoisse comme un collier de perles trop blanches autour de la gorge, de la poitrine et des reins, nous serrerait toutes jusqu’à l’arrivée du bateau. Vu de très loin, certains regards tellement aiguisés par l’habitude du souci, par la force du souci, l’ont vu de très loin. Le bateau arrive et tous les hommes sont à bord, tout est en ordre. Les colliers de perles se détachent lentement des bustes et tombent aux pieds des femmes. Je préférerais vivre cette vie-là, je préférerais vivre cette vie là. Je ne suis plus celle que j’étais hier. Je préférerais cette vie et cette angoisse de femme de marin, je le dis. Et passer le reste de mon temps à m’occuper des enfants, de la maison. Chacune ramasse le collier de perles blanches et le range dans une petite boîte, en attendant la prochaine sortie en mer.

X LE POIDS X


- De toutes façons, il clair que l’on n’est jamais content de soi.
- Ou rarement.
- On est rarement content de soi.
- Oui, c’est vrai.
- Là, par exemple, je pourrais être en plein soleil d’été bien mûr, à Capri, en train de manger des glaces avec un amant tout neuf, romantique, excitant.
- J’ai le coeur qui bat… Des glaces à l’italienne…
- Oui, un amant qui me fait jouir.
- Baci, bella !
- Sous le soleil...
- Mais je ne fais rien. Rien.
- Moi non plus, tu sais.
- La montagne, l’étranger, une maison à la campagne loin des antennes-relais, la famille, les amis, les amants, le bord de mer, le sud très sud, le nord très nord, les îles.
- Je n’aime pas toutes ces îles paradisiaques, ces îles d’agence de voyages…
- Coco, palmes, colliers de fleurs roses, cocktails… Oui…
- Mais pourquoi pas, après tout ?
- Une île paradisiaque ?
- Pourquoi pas, finalement ? On s’y repose sous un autre air… Une île paradisiaque… Mais je suis ici. Je me repose sur un lit réglable grâce à un système électrique des années quatre-vingt-dix. Têtes et pieds réglables à loisir.
- C’est bon pour lire, et pour la circulation du sang dans les jambes, ça.
- C’est bon, ça… Oui.
- Baisser la tête, lever les pieds… Se mettre à l’aise. Isolée, à son aise.
- Je lis un conte pour enfant écrit par une ONG douteuse, basée enInde. C’est bon, ça… Par exemple.
- Je m’isole dans cette chambre. Je ne fais rien de ma vie. Je ne jouispas.
- Moi non plus, je ne jouis pas, si ça peut te rassurer.
- Ça ne me rassure pas. (silence) Je ris rarement. Je ne fais pas la fête. Je n’aime pas boire. Je ne fume pas. Je n’ai pas d’argent.
-Je ne travaille pas pour des salaires d’argent non plus, tu sais, si çapeut te rassurer.
-Ça ne me rassure pas. Pas du tout, ça ne me rassure pas. Arrête avec ça ! En quoi le fait den’être pas la seule à vivre une situation difficile devrait-il me rassurer ? Franchement, qu’est-ce que ça change pour moi ?

X JE SUIS UNE ÎLE ET J'AI FAIM X


X ÉTAPES

Ce projet part du désir commun d’une comédienne/metteur en scène (Charline Grand) et d’une auteur de Lumière d'août (Juliette Pourquery de Boisserin) de travailler ensemble sur les récits de Juliette.
En mars 2008, Juliette Pourquery de Boisserin, Charline Grand et Flora Diguet se réunissent et élaborent les grandes lignes d’un travail commun.
Comment faire entendre la matière sensuelle et intellectuelle des textes, incarner des voix de femmes, exprimer les sensations les plus aiguës de l’intimité ? Comment explorer la fonction dramatique de ces récits qui ne présentent pourtant pas les signes convenus du théâtre ?
Comment les comédiennes et l’auteur, échangeant leur langue, leur mode d’expression, leur sensibilité, peuvent-elles fusionner leurs
univers à partir de cette écriture ?
En juillet 2008, le théâtre La Paillette (Rennes) a accueilli une première session de travail d’une semaine au cours de laquelle nous avons expérimenté sur le plateau les textes et leurs univers, en développant des visions plastiques, des performances sur la matière (viande crue,
odeur de lavande), des réflexions sur l’idée de rituel (chamanique, vaudou, chrétien). À l’issue scéniques.
En novembre 2008, le théâtre La Paillette nous a accueillies pour une seconde résidence d’une semaine centrée sur un travail approfondi de lecture et de compréhension des textes, qui nous a permis de fixer notre corpus.
De nouvelles directions sont alors apparues : comment interroger l’intimité du spectateur ?
comment l’inclure dans une intimité étrangère, dans laquelle il pourrait finir par se reconnaître ?
En avril 2009, Charline Grand passe définitivement du côté de la mise en scène pour la suite de ce projet. Elle ouvre le travail à trois autres actrices: Monique Lucas, Véronique Nordey et Anne-Sophie Sterck qui formeront donc un quatuor avec Flora Diguet.
En avril 2010, séances de travail à Rennes.
Du 14 au 31 mai 2010, répétitions lors d'une résidence à l'Aire Libre, Saint-Jacques de la Lande.
Le 31 mai 2010, présentation publique d'une maquette à l'Aire Libr
e.


dimanche 18 avril 2010

Au fait, parce qu'on s'exporte...



Cliquer sur l'image pour l'agrandir, vous allez pouvoir lire dans votre langue natale un trés bel article plein de détails passionnantes sur Benjamin dit "Le Barou".






vendredi 16 avril 2010

Angie Again ! Au Trident Cherbourg...


Avant d'aller nous voir jouer le spectacle "La triste désincarnation d'Angie la jolie" à Cherbourg du 5 au mai à la Scène Nationale de Cherbourg (Trident), vous pouvez toujours approfondir le sujet sur notre blog préféré.

(Cliquer sur l'article à gauche pour pouvoir le lire : paru dans Théâtral Magazine n°23.)

La note d’intention /

La triste désincarnation d’Angie la Jolie est née à l’occasion d’un projet de carte blanche effectué
au sein de l’école d’acteurs du T.N.B. à Rennes dirigée par Stanislas Nordey. A l’issue des trois
représentations qui ont eu lieu en octobre 2008, Mona Guichard nous a proposé de reprendre et de peaufiner ce travail à la Scène nationale de Cherbourg en avril-mai 2010. Nous effectuons une première étape de création à Rennes à partir du 15 février, à l’issue de laquelle nous présenterons le projet en état les 26 et 27 février à la salle Guy Ropartz.

Pourquoi Angelina Jolie ?

Parce que c’est la star la plus médiatisée aujourd’hui.
C’est une bonne raison pour qu’on en parle…
Et tout bêtement parce qu’un matin dans mes toilettes, je suis tombée sur un article du magazine Closer qui stipulait que d’après des témoins et des proches, elle avait une relation avec son garde du corps, et que ça m’a fascinée, allez savoir pourquoi...
Parce que l’école de théâtre dans laquelle j’étais nous offrait la possibilité de monter un projet de
mise en scène, et que l’idée de travailler un texte existant ne diffusait pas en moi d’imaginaires
faramineux, à mon grand dam, sans doute parce que les textes de théâtre que j’aime
m’apparaissent trop bien écrits pour que je puisse y ajouter quelque chose.

J’ai dit aux huit acteurs : allez vous documenter sur Angelina Jolie et voyez ce que vous pouvez en faire. Au bout de très grandes discussions avec chacun, ils ont développé un certain nombre
d’actes isolés sur le plateau, et ce à partir de matières diverses : articles de magazines people,
interviews de l’actrice, paroles de fans volées sur internet, improvisations travaillées, textes écrits pour l’occasion. Nous avons en parallèle entrepris un travail chorégraphique à partir d’un examen minutieux de la gestuelle du personnage virtuel Lara Croft du jeu vidéo Tomb Rider, dont Angelina Jolie est la représentante au cinéma. Nous avons par ailleurs petit à petit incorporé certains textes extraits de la pièce Vous qui habitez le temps de Valère Novarina que j’ai à coeur depuis très longtemps, et que j’avais envie de rapprocher de cette histoire là. Ces textes interrogent la consistance des corps, de la parole, de la pensée et des choses dans le rapport d’un sentiment d’absurde naïf et très joyeux. Nous avons veillé de très près à ce que ces textes n’apparaissent pas comme des contre-points discursifs, mais plutôt comme des conséquences naturelles découlant du reste de la matière utilisée, mêlée à elle.

L’espace scénique a été posé dés le départ : un immense plateau de théâtre complètement mis à
nu / une petite scène sur-élevée au fond à cour avec trois larges marches ouvrant à jardin / un
grand écran installé sur la petite scène et incliné de biais ouvert sur jardin / plusieurs caméras
pouvant jouer en direct.

Je voulais pour créer ce spectacle un immense espace de plateau : espace inhabitable et sans
prise, au sein duquel l’individu se sente tout petit. Un espace grand comme le monde, comme les
salles de cinéma Gaumont, comme la campagne, comme internet. Je voulais mettre la scène à nu
pour sortir du théâtre, retrouver la matière et la couleur des murs. J’ai voulu installer une scène sur ce grand plateau pour signifier le théâtre, scène dérisoire, haute de 15 centimètres, située
relativement loin du public pour laisser ouvert l’espace libre autour. J’ai placé un écran sur la scène parce que l’idée d’offrir aux acteurs la possibilité d’avoir comme partenaire de jeu une image virtuelle m’amusait. Au début, je parlais de cette petite scène comme d’un ring de boxe, sur lequel viendraient s’affronter l’image plate de l’écran et l’acteur nu...

L’élaboration des propositions de plateau des acteurs s’est faite en étroite collaboration avec moi, sur des compromis de rêves, d’envies, de questionnements, de projections que nous avions les uns par rapport aux autres. Je voulais faire apparaître la personnalité de mes camarades, et bâtir mon spectacle sur le conflit de leurs positionnements très marqués et très divers. J’ai effectué un travail de direction d’acteurs individuel et spécifique avec chacun, les poussant à leurs endroits variés, dans des optiques contrastées, et ce pour m’assurer de ne pas être dans la production d’une ligne esthétique franche. Si je viens fabriquer du théâtre, c’est pour venir questionner l’humain et le présent, pour venir proposer une discussion vivante entre des gens qui ne pensent pas la même chose. Moi, je n’ai rien à dire sur Angelina Jolie, ni sur le monde des médias, ni sur la société dans laquelle on vit. Là où je m’exprime, c’est dans l’agencement que je fais des discussions. Une fois que nous avons acquis les différents actes de plateau, je me suis mise à composer. Si le processus d’assemblage s’est fait de manière instinctive, je crois que j’ai cherché toujours à faire se juxtaposer les propositions de manière à ce que chaque acte vienne remettre en cause le précédent. Et ce pour qu’il n’y ait jamais l’once d’un discours qui s’impose. Je dis ça et en même temps s’est créée une certaine forme de progression dramaturgique qui sans doute raconte énormément de choses... Au début du spectacle, les différentes figures sont dans un rapport très joyeux à Angelina Jolie, se font petit à petit contaminer par une maladie virtuelle-le bug- et finissent tous par mourir... Comme ça, sans raison. Comme dans la vie, les tragédies et les films d’action.

Le ton de la mise en scène de la pièce est celui d’un rire moqueur plein d’amour. Les situations
sont absurdes, mais les acteurs s’en emparent avec une sincérité à fleur de peau, dénuée de
second degré. Les personnages sont comme embarqués dans un immense jeu vidéo aux règles
incompréhensibles, mais c’est avec un engagement pur qu’ils mènent leur combat. On est pris
dans un magma gluant, mais l’homme, lui, reste et restera toujours : avec ses questions, ses
désirs, ses émotions, son infatigabilité à l’endroit d’homme. A partir de là, tout positionnement
défaitiste ou critique se trouve d’emblée pulvérisé. A partir de là, tout va bien, à partir de là, nous sommes sauvés. Aucune époque n’a su répondre à la question de comment vivre, et l’homme reste toujours, comme les occasions de rire, face à cette incommensurable absurdité magnifique qu’est la création.

Marine de Missolz, février 2010.

C'est avec
Benjamin Barou-Crossman, Christelle Burger, Julie Duchaussoy, Manuel Garcie Kilian, Simon Le Moullec, Julien Polet, Anne-Sophie Sterck.

Assistante à la mise en scène Vanille Fiaux.
Lumière Patricia Deschaumes et Gwendal Mollo.
Musique et vidéo Jonathan Seilman.

Alors pour les oublieux :

Du Mardi 4 au Samedi 8 Mai 2010.
Salle "Le Vox".


Pour aller plus loin...

Autour du spectacle :
Novarina, mise en voix :

Sujet : Lecture collective de textes de Valère Novarina.
Intervenants : Marine de Missolz comédienne, metteur en scène et Anne-Sophie Sterck comédienne. (et qui sait, peut-être d'autres...)

Valère Novarina questionne le théâtre, questionne l'acteur, questionne la condition d'homme. Il ne décrit pas les situations de vie, il les ouvre. il fait parler les corps pour interroger la cervelle. Et c'est la vie qui est proclamée en permanence, la vie, et son mystère insoluble et joyeux.

«Tant qu’il y a de l’homme, il y a de l’hommerie». Il n’y a pas de technique pour jouer Novarina. C’est un rapport à saisir, propre à chacun. Vous proposer des textes, vous accompagner dans la recherche d’une densité hors recettes, explorer avec vous des terrains dont vous êtes les seuls initiateurs et les uniques détenteurs.

Pour en savoir plus sur cet atelier, nous vous invitons à venir rencontrer Marine de Missolz le samedi 12 septembre à 10h30 à la MJC, rue de l'Abbaye. Une présentation de cette lecture sera proposée lors de l'édition 2010 des Téméraires. Atelier co-financé par la MJC et le Trident.

Dates, Horaires, Lieux
Cet atelier, initialement prévu les samedi 10 avril et dimanche 9 mai, est reporté la saison prochaine.
Le Vox

Répétition de La triste désincarnation d' Angie la Jolie :

Dates, Horaires, Lieux
Mardi 27 avril de 18h45 à 19h45
Le Vox

Rencontre : On est où dans tout ça ? :

Dates, Horaires, Lieux
Mercredi 5 mai
Le Vox

Mais aussi : Cliquer ici pour avoir le dossier de Presse (pdf).

Voilà, et à très vite à Cherbourg les copains...
Et parce que sans elle on ne serait rien...


Chaleur enfantine - Laurent Cazanave bosse !



extrait du texte 4 saisons
ecrit et mis en scene Laurent CAZANAVE

avec
Emmanuelle COUTELLIER
Fabien KANTAPAREDDY
Sebastien ROBERT


On n’est pas dans les larmes. On est après, dans le moment où l’on a besoin de parler et où l’émotion vient des mots employés et non de l’acte vécu. On est au plus proche de soi et en même temps complètement dans et avec celui qui écoute pour pouvoir s’y perdre et le perdre. Raconter cette fable comme on raconte une histoire à un enfant ou comme on raconte un rêve.
A mi-chemin entre le concert, le film, le théâtre, le chant l’objectif est de faire entendre ce texte de montrer des corps traversés par la vie même et ce surtout dans les moments les plus durs.
`
Chaque représentation sera suivie d’une rencontre avec le public.

lundi 26 Avril a 20h
mardi 27 Avril / mercredi 28 Avril / jeudi 29 avril a 18h
Où ? : Sèvres, espace loisir.

reservation obligatoire au 0675649125

dimanche 28 mars 2010

Benjamin Barou-Crossman : De lecture en Lecture de voyages en voyages ! On t'aime Ben... :)



Il revient de Russie. Vladivostok précisément. Il y a fait son "spectacle poètique". (Ci-dessus.)

(On en à eu presque un extrait dans la "Triste désincarnation d'Angie la Jolie mis en scène par Marine De Missolz, souvenez-vous, la deuxième où troisième scène, avant que Manuel Garcie-Kilian n'étouffe le public avec sa laque L'Oréal. Bref...)

Et maintenant il récite des poèmes à Paris avec Dominique Blanc dans un cirque. Le 29 Mars à 20H, avec le spectacle "Au paradis toutes les femmes sont des gitanes" au Cirque Romanès plus précisément.

Voici l'article : (Pour voir en grand, cliquer sûr.)

vendredi 12 mars 2010

La promo 7 bosse comme "des dingues" !

Depuis cinq semaines, Nadia Xerri-L, auteur-metteur en scène, dirige le deuxième atelier d’interprétation de cette nouvelle promotion de l’école avec huit de nos élèves : Duncan Evenou, Karine Piveteaux, Marina Keltchewsky, François Xavier Phan, Marie Thomas, Thomas Pasquelin, Anaïs Muller, Nathan Bernat.

Au cours de cette formation, Ils ont travaillé sur Gibiers du temps de D.G. Gabily et des fragments de son journal A tout va, et de Puisque tu es des miens de Daniel Keene.

Ils ouvriront les portes de l’atelier pour une présentation de leurs travaux en salle Guy Parigot pour trois soirées en deux parties : une première partie à 18h autour d’extraits de A tout vadans une forme identique les trois soirs (environ 1h30-1h45) et une deuxième partie à 21h, différente chaque soir, s’appuyant sur des extraits de Gibiers du temps et de Puisque tu es des miens (1h environ).

Vous pouvez donc nous rejoindre :

- Lundi 15 Mars

18h : A tout va (extraits)

21h : Gibiers du temps/Puisque tu es des miens Matériaux I

- Mardi 16 mars

18h : A tout va (extraits)

21h : Gibiers du temps/Puisque tu es des miens Matériaux II

- Mercredi 17 mars

18h : A tout va (extraits)

21 h : Gibiers du temps/Puisque tu es des miens Matériaux III

Merci de vous inscrire auprès du secrétariat de l’Ecole, 02 99 31 12 80 / a.belloir@t-n-b.fr

Briac & Co.

A bientôt,

Hey David !

Article Fluctuat.net


Après sa série des Tchékhov , c’est sur Gorki que Eric Lacascade a jeté son dévolu. Il avait monté Les Barbares en 2006 au Festival d’Avignon, aujourd’hui, c’est Les Estivants qu’il a choisi, pièce chorale comme il les aime, où une quinzaine de personnages réunis dans des datchas voisines pour un été de plus, s’aiment, se haïssent et crient leur désarroi, tout en intercalant à cela pas mal de pitreries.
Mais Gorki n’est pas Tchékhov et la pièce a du mal à démarrer et aligne ensuite quelques longueurs. La mise en scène joue à la fois sur des trouvailles scénographiques (datchas façon cabines de bain, qui sont d’abord les loges des comédiens avant de se transformer en bungalows) et les mouvements de groupe (rassemblement de tous dans une seule cabine, dispersion sur le plateau de chaises longues fabriquées avec les moyens du bord). Elle s’appuie aussi sur un jeu naturaliste de très bons acteurs (Lacascade himself, Jérôme Bidaux et Christophe Grégoire, qui, on s’en souvient avec nostalgie, fut un extraordinaire Platonov).

Le reste de la distribution est inégale, ce qui donne quelques fausse note à l’ensemble, lequel souffre surtout d’un défaut d’historicité. Ce que Lacascade avait opéré avec bonheur dans ses Tchékhov, déterritorialisation de des personnages, anchronismes revendiquées (notamment par les choix musicaux), tout cela fonctionne moins avec Gorki. Pourquoi ? Cela est difficile à savoir, mais toujours est-il qu’ici pas mal de tirades et le comportement de certains personnages est incompréhensible si l’on oublie que l’on est en pleine Russie tsariste, encore féodal sur bien des points et où les idéaux d’un mondes meilleurs ne cessent de hanter la dite intelligentsia dont il est beaucoup question ici.
Néanmoins, la dernière scène, celle du repas où nos estivants se retrouvent une dernière fois avant leur départ pour la ville et où les comptes se règlent, est magistrale. Cela vaut même le coup d’aller jusqu’à Sceaux pour elle seule.

Jusqu'au 21 mars au Théâtre des gémeaux

Les 3 et 4 mars à la scène nationale de Sète

Du 1' au 16 avril au Théâtre national d'Aquitaine - Bordeaux

Les 28 et 29 avril à la scène nationale d'Évreux

© Brigitte Enguérand

Alors pour ceux qui veulent croiser David Botbol dans les coulisses, allez-y gaiement !

COMMENT TOUCHER ? Roland Fichet et toute la fine équipe jouent à PARIS.

COMMENT TOUCHER ? (ANATOMIES 2010)
DU 5 AU 20 MARS 2010 AU THÉÂTRE DE L'EST PARISIEN…

Représentations de « Comment toucher ? (anatomies 2010) »
au
Théâtre de l’Est parisien :
jeu 11 mars à 19h30 /// ven 12 mars à 20h30 /// sam 13 mars à 19h30jeu 18 mars à 19h30 /// ven 19 mars à 20h30 /// sam 20 mars à 19h30
159 avenue Gambetta 75020 Paris (durée : environ 2h)
Réservations : 01 43 64 80 80
De gauche à droite : Vanille Fiaux, Marie-Laure Crochant, Yoan Charles, Anne-Sophie Sterck, Laurent Cazanave, Manuel Garcie-Kilian.
©
Rozenn Quéré
Comment toucher ? (anatomies 2010), écrit et mis en scène par Roland Fichet, a été créé au Théâtre National de Bretagne durant la première quinzaine de janvier.Production : Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc, en coproduction avecle Théâtre National de Bretagne, Rennes.

Premier plan, de gauche à droite : Nina Nkundwa, Anne-Sophie Sterck. Second plan, derrière les portes : Marie-Laure Crochant.
©
Rozenn Quéré
LES PORTES
Note extraite du Carnet de mise en scène de Roland Fichet (consultable sur le site du Théâtre de Folle Pensée : cf. lien ci-dessous).
Le passage des lignes, le passage des portes. Le franchissement. Le passage des frontières. Toute la pièce joue avec le passage, ne serait-ce que le passage d’une scène à l’autre, d’un lien à l’autre, mais il s’agit aussi de passage du visible à l’invisible. Délicate gymnastique que le dispositif scénique réalisé par Ronan Ménard permet de tenter. Derrière la porte, derrière le rideau, il y a toujours quelqu’un. Et les morts-qui-vivent indiquent par leur présence intermittente qu’on en finit jamais avec le passage, avec l’autre côté, qu’au-delà de ce qu’on voit il y a peut-être autre chose à percevoir, à entendre.
Roland Fichet
cliquer ici pour lire l'intégralité du Carnet de mise en scène.
De gauche à droite : Laurent Cazanave, Vanille Fiaux, Anne-Sophie Sterck, Marie-Laure Crochant.
©
Rozenn Quéré
UN RAPPORT EXTRÊME ET VIOLENT
Vanille Fiaux a repris au Théâtre de l'Est parisien le rôle de Carina Rosquera, tenu par Chantal Reynoso lors de la création du spectacle au Théâtre National de Bretagne.
« Je tends la main et je te touche et je ne sais pas ce qu'est te toucher. Je te regarde et je ne comprends pas ce qu'est te voir. Si seulement je pouvais savoir ce que c'était que sentir son corps… Corps et âme c'est quelque chose qui ne m'appartient pas. » (Fernando Pessoa, Le privilège des chemins)
Chercher son état de présence au plateau, dans la chair des mots et la jubilation du jeu.

«
Les morts se sont promenés dans ma maison et ils ont fredonné des chants très anciens. » (Roland Fichet)
L'echo de toutes ses voix qui cohabitent en nous est peut-être le constituant le plus charnel et le plus sensuel de chaque être. Il lie la pensée et le corps dans un rapport extrême et violent… j'ai rencontré pour ma part Carina sur ce chemin là.
Vanille Fiaux
De gauche à droite : Vanille Fiaux, Laurent Cazanave.
©
Rozenn Quéré
LA LUTTE D'INCARNATION
Note extraite du Carnet de mise en scène de Roland Fichet (consultable sur le site du Théâtre de Folle Pensée : cf. lien ci-dessous).
Une lutte dans laquelle le corps de Carina s’engage corps et âme. Elle danse, ôte ses vêtements, s’enduit de boue, se jette dans la rivière, traverse la forêt.
Elle se bat avec les éléments mais ne se bat pas contre les éléments. Elle absorbe leur énergie : l’énergie de la rivière, des arbres, du feu, des animaux.
Son corps a le goût de la vie, elle sent en lui l’instinct de la vie, elle sent en lui la force primitive.

Veut-elle retrouver la vitalité sensuelle, l’acuité sensorielle de la vie primitive ? La violence de la séparation la jette de ce côté-là, du côté des forces originelles. Ces forces ont, elles aussi, leur côté obscur, Carina l’affronte ce côté obscur, le geste de Carina est un geste de libération.
R.F.
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Anne-Sophie Sterck.
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Rozenn Quéré
LE TOUCHER DIFFÉRÉ (1)
Note extraite du Carnet de mise en scène de Roland Fichet (consultable sur le site du Théâtre de Folle Pensée : cf. lien ci-dessous).
Niang Saho, une nouvelle et dernière fois, dans le petit bois d’eucalyptus, esquive le geste d’Ariane-Sylvie. Il se retire au moment précis où elle va le toucher, où il va la toucher. Ils sont tous les deux brûlants de désir et pourtant…
il se retire.

Mais que se passe-t-il dans ce corps d’homme ? Tout le monde témoigne de la sensualité magique de cet homme, les femmes le frôlent, les animaux et les plantes sont émus, mais il semble incapable de franchir le pas, de s’abandonner au toucher.
Quel démon l’habite ?
Ariane-Sylvie, cette fois, est bien décidée à se saisir de cet homme. La pièce se déploie dans cet élan du corps d’Ariane-Sylvie vers le corps de Niang Saho.
Son désir est si puissant qu’elle parviendra à le toucher à travers un voile troué.

R. F.
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De gauche à droite : Laurent Cazanave, Marie-Laure Crochant.
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Rozenn Quéré
ZO/KRIS ET SWANA/LOU
Note extraite du Carnet de mise en scène de Roland Fichet (consultable sur le site du Théâtre de Folle Pensée : cf. lien ci-dessous).
Grande vitalité. Ils sont habités d’une grande vitalité. Ce sont de jeunes guerriers, ils ont sans doute été enfants-soldats ; se battre pour survivre ils savent ce que c’est. Mais maintenant ils veulent plus que survivre, ils veulent aimer et être aimés. C’est ça pour eux l’incarnation. Ils veulent toucher et être touchés.
Zo et Swana ont le sens de l’ironie, de la parodie, ils sont insolents, espiègles, ils dansent et chantent. Brusquement, ils sont saisis d’étonnement. Une sorte de stupeur. Ils voient ou entendent quelque chose pour la première fois. Brusquement, ils sont saisis par un sentiment d’abandon. Ils sont seuls au monde, abandonnés. Brusquement, la personne dont ils sont l’ange-gardien leur apparaît comme une étrangère.
Paradoxalement, Swana/Lou et Zo/Kris, gardes du corps fidèles, accentuent cette ligne de sens de la pièce : l’errance individuelle. Chacun des personnages erre en quête d’un sens, d’un destin. Et si notre destin c’était justement d’errer (Michaël).
R.F.
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De gauche à droite : Manuel Garcie-Kilian, Yoan Charles, Nina Nkundwa.
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Rozenn Quéré
SOUS LE PLATEAU
Alexandre Koutchevsky était assistant à la mise en scène dans deux des trois créations qui ont précédé et engendré « Comment toucher ? (anatomies 2010) ».
Sous le plateau d'Anatomies 2010 : Anatomies 2007 avec Damien Gabriac et Flora Diguet dans les cafés, petites salles des Côtes d'Armor, quelques ivrognes, beaucoup de monde, des comptoirs, les vitres donnant sur la rue froide, le corps de Flora le corps de Damien, leur peau, les petits cadres en bois, les premiers pas d'Anatomies au fond d'un département breton en hiver.
Que reste-t-il des bistrots costarmoricains sur le plateau d'Anatomies 2010 ? Des bières. Je les ai vues au début du spectacle. Des bières bues par les jeunes comédiens sortis de l'école du TNB, bues par les membres de cette communauté fictive et libre de Maty-Ougourou.
Sous le plateau d'Anatomies 2010 : Anatomies 2008, grand départ vers l'Afrique, à Brazzaville, au Congo. Les répétitions dans l'atmosphère moite de la salle de danse du CCF, le piano mort, les coupures d'électricité, corps dans les cours chez les habitants – révélation théâtrale pour moi –, l'immense plateau du CCF, Princia, Okaré, Byb, Stik, les danseurs congolais.
Nous sommes un jour partis à Maty, toute l'équipe. Sommes descendus à pied dans la vallée, la végétation s'épaississait au fil de la descente. Tout en bas surgit alors le village, et, à quelques kilomètres, au bord de la rivière, le terrain de Roland, presque-île avec son appatame. Surréaliste, touchant. Me fait aujourd'hui penser à Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Nous avons dormi là, sous les étoiles. J'ai entendu les bruits de Maty la nuit sur le plateau d'Anatomies à Paris. J'ai aussi par moment senti la lumière de nuit des villes africaines que je connais, cette obscurité latente, percée de néons qui éblouissent plus qu'ils n'éclairent.
Sous le plateau d'Anatomies 2010 : Anatomies 2009, la gigantesque tournée africaine. Départs incessants, aéroports innombrables, passeports, formulaires. Il y a des avions sur le plateau en 2010, on les entend, ils sont là. Moments de virtuosité : les trois fauteuils alignés, la situation de parole qu'ils génèrent produisent du jeu, du décalage, de la liberté. Il reste aussi quelques fruits d'Anatomies 2008, mais ils sont aujourd'hui emballés sous cellophane, figés sur un plateau-repas d'avion, et bientôt violemment détruits par Michaël Guür Keromnès. Adieu les fruits.
Alexandre Koutchevsky
De gauche à droite : Yoan Charles, Nina Nkundwa, Manuel Garcie-Kilian.
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Rozenn Quéré
LE TOUCHER DIFFÉRÉ (2)
Note extraite du Carnet de mise en scène de Roland Fichet (consultable sur le site du Théâtre de Folle Pensée : cf. lien ci-dessous).
Dino Galice a lui aussi vu le corps de Niang Saho dans le petit bois d’eucalyptus. Il l’a vu mort, il l’a vu blessé.
« Michaël a vu ses blessures, moi j’ai vu ses blessures, toi tu ne les as pas touchées… je suis mal. »
Il est mal, Dino. Il est malade. Il est le mal. Il est le mâle.
Il a été incapable, Dino, de faire un geste ; il est resté là, tétanisé. Il n’a ni agressé ni caressé le corps de Niang Saho. Les blessures de Niang Saho l’ont fasciné, mais ses mains ne se sont pas approchées.

Il n’en peut plus, Dino, de la fascination qu’exerce sur lui Niang Saho. Il n’en peut plus de se sentir devant lui un pauvre type sans dimension spirituelle, sans dimension politique. Il veut enfin le toucher, le toucher mortellement. C’est sur ce chemin qu’il s’engage, c’est sur cette pente qu’il glisse et elle va le mener jusqu’au meurtre de Niang Saho.
R.F.
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De gauche à droite : Laurent Cazanave, Marie-Laure Crochant, Yoan Charles, Manuel Garcie-Kilian, Nina Nkundwa, Vanille Fiaux, Anne-Sophie Sterck, Olivier Dupuy.
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Rozenn Quéré
NOUS REPRENONS LA ROUTE
Nous reprenons la route.
Nous ne sommes pas malades, nous sommes dingues.
Nous n’allons pas mourir ici chez le Bororo, non, nous allons y trouver une certaine folie, nous amuser coûte que coûte, et rire.
Et si la ficelle ne nous sied pas, dansons la danse de Saint-Guy.
Nous sommes là, exacts au rendez-vous, au plateau, avec ces mots, et désormais, la vie nous appartient.
Travaillons et ne désespérons pas.
La gazelle bleue pleure rit et ne se laisse pas fixer.
Bondis, guerrier.
Rebondis.

Anne-Sophie Sterck.
Yoan Charles
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Rozenn Quéré
FICTION
À LAGOS. DANS LE HALL DU GRAND HÔTEL. MÊME JOUR.
DINO.– Je suis con, sûr, très con, le roi des cons. Quelle leçon ! Le piétinement des pauvres dans le hangar bondé, comment les assistants du révérend Salomon-Baptiste Oyo les guident dans les travées, les serrent les uns contre les autres, les font frapper dans leurs mains, lever les bras, chalouper, bramer en cœur des jolies phrases. La plus belle : « Je ne serai plus jamais pauvre », du beau boulot ! des artistes du spirituel, des as ! De quoi ils sont capables ! Ah, mon ami Niang Chaman Ritsebuk Saho tu es le plus grand filou que la terre ait porté. Un filou métaph… ysique. Putain de mot ! Je me suis senti ratatiné, humilié, ah, la brute ! Ah, nom de Dieu, de nom de Dieu, de cent mille noms de Dieu de tripatouilleurs des bourses populaires. Des génies ! Et moi, je suis quoi, un vrai charlot, un Tintin au Congo, le roi des zozos d’Afrique. Mort, il ressuscite en ramasseur de pognon, le Niang Saho, en ramasseur de pognon de gros calibre. Une étoile, un gagneur de première, un cannibale. Tous ces fidèles, il te les mange tout crus ; par centaines, par milliers qu’il te les avale, qu’il te les dévore. N’en reste rien. Je suis un sacré minus. Annonce en fanfare qu’il vient d’acheter deux cents hectares. Avec leur fric. Hurlent de joie, les crétins ! Ah, les connards ! Deux cents hectares avec leur fric pour construire un nouveau « camp » : Le Divin Touch Camp, et ils hurlent de joie ! Je me croyais un homme d’action, un winner, un caïd, je ne suis qu’un enfant de chœur. C’est quoi la petite musique qui flatte tant leurs oreilles, c’est quoi le « concept » qui les fait frétiller comme des caniches en rut ? LE TOUCHER DIVIN ! Il dit « toucher divin » et c’est l’extase. Il faut les voir, bouche béante. Ils le sentent, pas de doute, le toucher divin. Ils s’avancent sur le fil qu’il tend phrase après phrase entre eux et lui. Funambules hypnotisés ils marchent au-dessus du vide. Ah, le malin ! le voilà qui les précipite dans l’abîme de l’incarnation. « Laissez-vous choir dans cet abîme, sentez au plus intime de votre chair la chute vertigineuse, sentez la plus secrète de vos fibres frémir au contact du doigt de Dieu, le toucher divin ouvre votre chair à l’infini. » Ah, la crapule, moi qui me moquais de sa candeur ! Moi qui le prenais pour un impuissant ! Tu es un con, Dino, sûr tu es un con, un sacré con. Dino, tu es un con. Cavale, mon vieux, cavale, ne te laisse pas distancer. Il t’écrabouille, l’enfoiré, réagis ! Toi, tu es un vrai salaud, tu as tout misé sur le fait d’être un salaud, et tu perdrais la partie, ce n’est pas juste. La récompense du salaud c’est de gagner. Moi, on m’emmerde, je flingue. Moi, on ne me bourre pas le crâne avec des mots pourris, des salades, des côtes de porc avariées, je ne suis pas Mozart, moi. Un bon petit paquet de pruneaux en pleine gueule ça te ferait plaisir, Niang, mon ami Niang ?[…]

(Roland Fichet, Comment toucher, éditions Théâtrales, mars 2010)
Comment toucher de Roland Fichet vient de paraître aux éditions Théâtrales
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